Compost, Biopesticides et Agroforesterie : Des Solutions Locales Pour Restaurer Durablement les Sols

Par Dominique KEGOUM

Assistante Programmes RELUFA

Photo : Compost en tas dans un Champs école paysan dans le village Windé à Ngong ©RELUFA

Dans les régions septentrionales du Cameroun, la sécurité alimentaire n’est plus uniquement une question de production agricole. Elle est aujourd’hui menacée par de multiples pressions comme les conflits agropastoraux, l’exploitation minière, les pressions foncières, les migrations massives et l’insécurité. Le projet « Renforcement de l’Engagement des Acteurs Locaux dans la Gouvernance des Ressources Naturelles dans le Septentrion Cameroun » (REAL-GRNS), mis en œuvre par les organisations CED, FODER et RELUFA avec le financement de l’Union Européenne, vise à renforcer l’implication des acteurs locaux dans la gouvernance des ressources naturelles dans l’Adamaoua et le nord du Cameroun à travers 03 composantes (foncier, mines et sécurité alimentaire). 

Les observations issues d’une mission dans le cadre du projet REAL-GRNS, conduite par le RELUFA entre août et septembre 2025, mettent en lumière ces défis qui pèsent sur les communautés locales et la stabilité régionale. La dégradation des sols constitue l’un des principaux freins à la productivité agricole dans le Septentrion du Cameroun. L’appauvrissement en matière organique, l’érosion, l’usage excessif d’intrants chimiques et la pression démographique fragilisent durablement les systèmes de production. Face à ces défis, les producteurs redécouvrent et adaptent des solutions locales, accessibles et durables : le compost, les biopesticides et l’agroforesterie. C’est l’une des ambitions portées par le RELUFA dans le cadre du projet REAL-GRNS sous la composante de la sécurité alimentaire, qui promeut une gestion durable des ressources naturelles.

Le compost pour la restauration des sols :

Le compostage repose sur la valorisation des résidus agricoles, du fumier et des déchets organiques afin de produire un amendement naturel riche en nutriments. Contrairement aux engrais chimiques, qui apportent des éléments nutritifs de manière ponctuelle, le compost améliore durablement la structure du sol, renforce sa capacité de rétention d’eau et stimule l’activité biologique. Dans le contexte actuel marqué par la guerre entre la Russie et l’Ukraine, l’approvisionnement en engrais chimiques est devenu particulièrement difficile au Cameroun. Une grande partie de ces intrants était en effet importée depuis ces deux pays. Cette situation a entraîné une raréfaction des engrais sur le marché et une forte augmentation des prix, rendant leur accès encore plus difficile pour les petits producteurs. Dans ce contexte, le compost apparaît comme une alternative locale et une solution d’adaptation pour les agriculteurs.

Grâce aux renforcements de capacités organisés par le RELUFA et aux subventions octroyées aux OSC dans le cadre du projet REAL-GRNS sous la composante sécurité alimentaire, les producteurs sont de plus en plus nombreux à adopter cette pratique. Sur le terrain, ces producteurs observent de meilleurs plants, une réduction du stress hydrique et une amélioration progressive des rendements. En période de variabilité climatique, la capacité du compost à améliorer la structure du sol et à retenir l’humidité constitue un atout pour la résilience des systèmes agricoles. Au-delà de ses bénéfices, cette pratique contribue également à réduire la dépendance des producteurs aux intrants chimiques coûteux et parfois indisponibles, tout en valorisant les ressources locales.

Les biopesticides pour protéger les cultures sans détruire l’environnement :

L’utilisation excessive de pesticides chimiques entraîne des impacts négatifs sur la santé humaine. À travers le projet REAL-GRNS, les OSC subventionnées dans le Nord et l’Adamaoua comme GEOTECH, ASD, JADD, AJLC et AJDAM encouragent la fabrication et l’utilisation de biopesticides, fabriqués à partir de ressources locales comme le neem, le piment ou certaines plantes aux propriétés répulsives qui constituent une alternative efficace et moins nocive. Ces préparations naturelles permettent de lutter contre les ravageurs, elles s’inscrivent dans une logique agroécologique visant à restaurer les équilibres naturels plutôt qu’à les perturber. Les producteurs formés à ces techniques témoignent d’une réduction des coûts de production et d’une meilleure qualité des récoltes, notamment pour les cultures maraîchères.

L’agroforesterie : introduction du Faidherbia albida

L’agroforesterie consiste à associer arbres et cultures sur une même parcelle. Cette pratique traditionnelle revient aujourd’hui au cœur des stratégies de restauration des sols. C’est un pilier soutenu par le projet REAL-GRNS à travers les activités de l’OSC KWATAL Network dans le Nord. Certaines espèces comme le Faidherbia albida enrichissent naturellement le sol en azote, améliorent la couverture végétale et protègent contre l’érosion. L’intégration de cette arbre fertilitaire et protecteur dans les parcelles agricoles permet de restaurer progressivement la fertilité, de limiter l’érosion et d’améliorer la résilience climatique. Les arbres contribuent également à créer un microclimat, en réduisant l’évaporation et en protégeant les cultures des vents violents. En plus d’améliorer la fertilité, l’agroforesterie diversifie les sources de revenus (bois, fruits, fourrage) et renforce la résilience des ménages face aux chocs climatiques.

Le compost, les biopesticides et l’agroforesterie ont un point commun, ils reposent sur des ressources disponibles localement et sur des savoir-faire accessibles aux communautés rurales. Leur adoption progressive témoignera d’une évolution vers des systèmes agricoles plus durables, moins dépendants des intrants externes et mieux adaptés aux réalités climatiques. Cependant, leur pérennisation nécessite un accompagnement technique, la sécurisation de l’accès à la terre et des sensibilisations sur les bénéfices à long terme de ces pratiques. Restaurer la fertilité des sols ne relève pas uniquement d’une intervention technique ; c’est un processus qui implique changement de pratiques, engagement communautaire et vision à long terme. En valorisant ces solutions locales, les producteurs poseront les bases d’une agriculture résiliente, durable et respectueuse des ressources naturelles.

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