SEPTENTRION CAMEROUN : LES FEMMES AU CŒUR DE LA LUTTE CONTRE L’INSECURITE ALIMENTAIRE

Du bassin de la Bénoué aux plaines arides de l’Extrême-Nord, le Cameroun, dans sa partie septentrionale, fait face à une urgence silencieuse. Entre la raréfaction des ressources en eau, la pression sécuritaire et le dérèglement climatique, la sécurité alimentaire est devenue le défi majeur de cette bande sahélienne.

Pourtant, les femmes rurales maintiennent les communautés debout. Au Cameroun, elles représentent plus de 60 à 80% de la main d’œuvre agricole .Selon l’étude «genre, inégalités et résilience des systèmes alimentaires face au changement climatique dans les régions du Nord et de l’Adamaoua – Cameroun », menée par RELUFA dans le cadre du projet REAL-GRNS (Renforcement de l’Engagement des Acteurs Locaux à la  Gouvernance des Ressources Naturelles dans le Septentrion du Cameroun), les femmes assurent 97,5 % des tâches de production vivrière et 95 % des activités de transformation, elles sont le pilier de la sécurité alimentaire domestique. Pourtant, elles ne contrôlent que 12,5 % des décisions de vente des récoltes, accèdent à moins de 5 % des terres arables en propriété effective, affichent un taux d’analphabétisme de 38,8 % (contre 17,4 % chez les hommes) et bénéficient de moins de 8 % du crédit agricole formel. Dans le Grand Nord, libérer leur potentiel n’est plus une option politique, c’est une question de survie collective.

Le paradoxe foncier : cultiver les terres sans les posséder

Dans les trois régions septentrionales (Adamaoua, Nord, Extrême-Nord), les femmes se chargent de l’essentiel de l’alimentation quotidienne des ménages. Elles s’occupent des cultures vivrières de subsistance comme le mil, le sorgho et du maraîchage tout en assumant de lourdes corvées d’eau exacerbées par l’avancée du désert. Pourtant, ce rôle de pilier se heurte aux barrières pesantes des traditions patriarcales et du droit coutumier local.

Dans plusieurs communautés du septentrion, les femmes font face à d’importantes difficultés pour accéder à la propriété foncière en raison des pratiques coutumières. Exclues du contrôle foncier, les femmes rurales, pour la grande majorité, ne peuvent fournir aucune garantie aux banques pour obtenir un crédit afin de booster leur production agricole. Privées de financements, les productrices du Nord n’ont pas accès aux équipements indispensables pour l’irrigation, ni aux semences améliorées à cycle court adaptées à la sécheresse. Ce blocage structurel plombe les rendements et maintient les millions de familles dans une insécurité nutritionnelle chronique.

Pourquoi accroître les revenus des femmes améliore la situation globale de la famille et de la communauté ?

Le témoignage de Fadimatou à Maroua illustre parfaitement cette situation. Pendant plusieurs années, Fadimatou, mère de cinq enfants, dépendait entièrement des céréales, une récolte soumise aux caprices d’une saison des pluies de plus en plus courte. Durant la longue saison sèche, la table était vide. Tout a changé lorsqu’elle a rejoint un groupement de productrices visant à améliorer les revenus et la sécurité alimentaire des petits producteurs avec un accent sur les filières riz et oignon à travers des aménagements hydroagricoles, la distribution de semences améliorées et le renforcement des coopératives.  Grâce à un aménagement de jardin collectif, Fadimatou et ses pairs ont obtenu un accès sécurisé à une parcelle irriguée, des semences d’oignons et de gombo, ainsi qu’une formation en agroécologie. Aujourd’hui, son potager produit toute l’année. Ce qui lui permet de nourrir sa famille et vendre les surplus au marché local, utilisant cet argent pour payer les fournitures scolaires de ses filles et diversifier l’alimentation au sein de son ménage

Gardiennes de la résilience face aux chocs climatiques et les crises

Le septentrion subit de plein fouet les chocs environnementaux, entre inondations dévastatrices et sécheresses prolongées. Face à cela, ce sont les femmes qui réinventent l’agriculture locale. En s’organisant en coopératives, comme c’est le cas dans l’Adamaoua où des regroupements féminins produisent plus de 2500 tonnes de céréales par an, elles mutualisent les coûts, accèdent aux marchés et stockent les récoltes pour anticiper les périodes de soudure. Elles s’imposent désormais comme de véritables gardiennes des savoirs face au changement climatique.

On ne vaincra pas la faim dans la partie septentrionale du Cameroun sans donner aux femmes les leviers de leur propre développement. Garantir l’accès des femmes à la terre, sécuriser les investissements dans le petit maraîchage et subventionner les équipements d’irrigation pour les coopératives féminines sont des priorités à envisager. Briser les inégalités dans le septentrion, ce n’est pas seulement émanciper la femme rurale, c’est egalement bâtir un rempart solide contre la faim.

Par:  TINA AMOUGOU Sandra, Young Adult Volunteer (YAV)

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