La transparence, la participation communautaire et la traçabilité

Par Dominique KEGOUM

Assistante Programmes RELUFA

Le développement des projets aurifères industriels au Cameroun suscite beaucoup d’attention. Toutefois, derrière les investissements et les promesses de croissance se cachent d’importants défis pour les communautés locales, la transparence, l’environnement et la gouvernance du secteur d’une manière générale. Il est impératif que l’exploitation de ressources naturelles profite réellement aux populations impactées et à l’économie nationale.   

Les projets de l’entreprise Oriole Resources, notamment les permis « Bibemi Gold Project » et « Mbé Gold Project », montrent à la fois le potentiel minier du Cameroun et les défis liés à l’exploitation de l’or. Pour qu’un projet d’une telle envergure réussisse à favoriser le développement socio-économique local et national, il est essentiel de garantir la transparence, la participation des communautés locales et la traçabilité des activités. Ces éléments sont d’autant plus importants que le Cameroun fait déjà face à des défis liés à l’exploitation artisanale et semi-mécanisée de l’or.

Les récents travaux d’exploration menés par la société Oriole Resources confirment le potentiel aurifère considérable du Cameroun. En effet, le gisement de Bibemi, notamment dans la zone de Bakassi 1, renfermerait environ 460 000 onces d’or dans les catégories “Indicated” et “Inferred”, selon les estimations publiées par Proactive Investors[1].( 100 000 onces dans la catégorie “Indicated”  et 360 000 onces dans la catégorie “Inferred”,).

Parallèlement, pour le permis de Mbé, les études préliminaires et les premiers forages laissent entrevoir un potentiel pouvant atteindre 1,34 million d’onces d’or d’après les informations rapportées par Investir au Cameroun[2]. Pour accélérer les forages, les études techniques et les démarches pour l’obtention de licences d’exploitation, Oriole Resources a par ailleurs mobilisé environ 1,3 milliard FCFA[3].

L’ensemble de ces données montre que, si les projets se concrétisent, le Cameroun pourrait devenir un grand acteur de l’or industriel en Afrique centrale, faisant de ce secteur un atout stratégique pour le développement national si les projets sont bien encadrés et les revenues utilisées pour le développement locale. Ainsi, le potentiel minier aurifère peux représenter une opportunité de création de richesse, d’emplois et de recettes publiques, à condition que son exploitation soit encadrée par une gouvernance transparente et une redistribution équitable des bénéfices.

L’histoire du secteur extractif camerounais, en particulier dans les exploitations artisanales ou semi-mécanisées, révèle des dynamiques particulièrement préoccupantes. Dans le cadre d’un travail de terrain sur les sites diamantifères de l’Est du Cameroun, le RELUFA[4] a constaté que 95 % des productions n’étaient pas tracées, échappant totalement aux circuits officiels et transitant souvent par des réseaux informels, comme le rapporte DataCameroon[5].

Dans ces mêmes zones, près de 50 % des opérateurs n’enregistraient pas leurs productions, et 85 % des sites identifiés fonctionnaient sans autorisation d’exploitation artisanale[6] (AEA).  Tout ceci représente non seulement d’importantes pertes financières pour l’État, mais constitue également une injustice pour les communautés locales, qui supportent les conséquences environnementales comme la pollution, la destruction des écosystèmes et les risques pour la santé sans bénéficier des indemnités socio-économiques. Ces constats montrent qu’en l’absence de mécanismes solides de traçabilité et de transparence, l’exploitation minière, y compris industrielle, risque de se transformer en un véritable pillage des ressources nationales plutôt qu’en un levier de développement.

Au Cameroun, le développement de l’industrie aurifère offre des opportunités économiques, mais il présente aussi de grands risques. Il est donc essentiel de protéger l’intérêt public, l’environnement et d’améliorer la gestion du secteur minier. Pour cela, il faut d’abord être transparent : les contrats signés, les quantités d’or extraites, les exportations, ainsi que les taxes et redevances payées doivent être rendus publics et accessibles. Ainsi, les communautés locales, les médias et la société civile pourront suivre et comprendre ce qui se passe.  Le RELUFA la participation active des populations locales. Elles doivent être informées, consultées et écoutées avant le début de toute exploitation minière. Cela permettra que les bénéfices économiques et sociaux (comme les emplois et les infrastructures) profitent aussi à elles.

La préservation de l’environnement et de la santé publique constitue un autre enjeu central, l’exploitation industrielle de l’or pouvant entraîner la pollution, la dégradation des sols et la perturbation des écosystèmes ; d’où la nécessité des études d’impact solides, des plans de gestion environnementale et sociale ainsi que des mécanismes crédibles de réhabilitation des sites et de suivi. Dans le même sens, la lutte contre les circuits clandestins et les fuites de richesses en plaidant pour des mécanismes de traçabilité de l’or, un contrôle strict des exportations et des audits du secteur minier sont capitales. Renforcer la gouvernance publique demeure indispensable par le respect du cadre réglementaire, fiscal et institutionnel, ainsi que l’obligation de rendre des comptes pour les autorités et les entreprises. Ceux sont des conditions incontournables pour faire du secteur de l’or et le minier en générale un levier de développement plutôt qu’un facteur de prédation.

Sur la base des enjeux identifiés, le RELUFA formule plusieurs recommandations à l’endroit des parties prenantes telles que l’État, les entreprises minières, les communautés, la société civile, les bailleurs et les médias. Il s’agit d’abord pour les pouvoirs publics de publier les contrats miniers ou les conventions d’exploitation afin de rendre accessibles les clauses, les obligations et les modalités de partage des bénéfices. Le RELUFA recommande également une transparence des données d’exploitation, incluant les volumes extraits et exportés, les revenus, les paiements, les redevances, les taxes et les bénéfices.   La mise en place d’un système national de traçabilité de l’or et d’autre minerais comme le Diamant depuis l’extraction jusqu’à l’exportation.  La participation effective des communautés impactées, notamment à travers des consultations préalables, un consentement libre et éclairé, une implication dans les décisions et un partage des avantages économiques et sociales est important.  Une réhabilitation et une fermeture systématiques des trous dans les sites, conformément aux obligations légales doivent être prise aux sérieux. Dans ce contexte, le réengagement du Cameroun dans l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), afin de respecter les normes de transparence, de reddition de comptes et d’audit public est un bon gage pour la transparence.

En somme, le développement des projets aurifères industriels de Bibemi, Mbé et d’autres permis au Cameroun représente une opportunité pour mobiliser des ressources importantes, renforcer l’économie nationale et améliorer les conditions de vie de la population à condition qu’il soit mené avec transparence, responsabilité, respect des droits communautaires et protection de l’environnement.

 Le RELUFA entend continuer pour surveiller, documenter, alerter, proposer des mécanismes de gouvernance et de traçabilité, et plaider pour que l’exploitation profite d’abord au pays et les populations affectées.


[1] https://www.proactiveinvestors.com/companies/news/1071266/oriole-resources-upgrades-gold-resources-at-oriole-resources-project-1071266.html?

[2] https://www.investiraucameroun.com/mines/1007-22233-or-de-mbe-oriole-resources-anticipe-un-potentiel-atteignant-1-34-million-d-onces?

[3] https://www.businessincameroon.com/mining/1711-15347-oriole-resources-raises-cfa1-3bn-to-accelerate-gold-projects-in-cameroon?

[4] En effet, l’exploitation minière fait l’objet de convoitise dans cette partie du pays . Selon un rapport intitulé « État des lieux et cartographie des sites diamantifères de l’Est Cameroun » du Réseau de lutte contre la faim (Relufa) publié en mars 2022, dans 95% des sites miniers, notamment diamantifères, la production est achetée par des acteurs informels en provenance de Batouri, Yokadouma, Bertoua, Yaoundé et Douala.

[5] https://datacameroon.com/exploitation-miniere-95-des-diamants-produits-a-lest-non-traces/

[6] Idem.

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