Les greniers communautaires continuent à soutenir des communautés dans la région de l’Extrême-Nord 15 ans après leur mise en place

La région de l’Extrême-Nord du Cameroun est sujette à l’insécurité alimentaire, dont les principales causes sont relatives aux chocs climatiques (catastrophes naturelles, inondations, sècheresse, etc.), à l’impraticabilité des routes (surtout pendant la saison pluvieuse), à la pauvreté, aux manœuvres des spéculateurs pendant la période de soudure et aux exactions commises par Boko Haram. La plupart des ménages dépendent de la production agricole, et leurs productions ne sont pas toujours suffisantes pour se nourrir toute l’année et générer des revenus supplémentaires pour leurs besoins primaires. Plusieurs acteurs interviennent dans cette région tant à l’échelle nationale qu’internationale, afin de contribuer à la réduction de l’insécurité alimentaire. Le Réseau de Lutte contre la Faim (RELUFA) y mène également des actions depuis 2006 à travers la mise en place d’un système de banques de céréales.

Les banques de céréales, quinze années plus tard

Le système de banques de céréales mis en place par RELUFA en 2006 comme réponse appropriée et durable à cette situation d’insécurité alimentaire avait pour principales cibles les communautés sédentaires et les producteurs agricoles vulnérables. Les objectifs visés étaient de contrecarrer le mécanisme de spéculation existant et combler le déficit alimentaire pendant la période de soudure. Pour y parvenir, la stratégie adoptée était d’acheter les céréales dans les marchés locaux pendant la période de récolte de mil de contre-saison pour le stocker dans les villages ; un système d’emprunt était également mis en place pendant la période de soudure et le remboursement avec un petit intérêt pendant la période de récolte suivante. Ainsi, entre 2006 et 2010, le RELUFA a créé 45 greniers communautaires situés dans les départements du Diamaré et du Mayo Tsanaga, et construit 29 magasins de stockages dans certains de ces villages. Tout en fournissant un renforcement de capacités sur la tenue des documents comptables, l’entretien des stocks, le suivi des prix sur les marchés, RELUFA a contribué à l’empowerment des femmes en structurant quelques groupements exclusivement féminins.

Malgré les difficultés liées aux remboursements à cause des faibles rendements, les greniers communautaires tiennent bon. L’équipe du RELUFA déployée sur le terrain a été émerveillée par la bonne organisation des bureaux des différents comités de gestion, le sérieux et l’entrain mis par ces derniers pour maintenir le fonctionnement des banques de céréales. Les groupements démontrent une bonne appropriation du système de banque de céréales en s’adaptant au contexte : beaucoup se tournent vers des systèmes mixtes notamment la vente en espèces en s’assurant de vendre à un prix plus bas que celui du marché, tout en gardant  la vente à crédit pour les personnes les plus vulnérables de la communauté. C’est par exemple le cas dans le village Gozemey dont le comité de gestion met un point d’honneur à apporter un appui alimentaire aux personnes âgées et aux malades de la communauté. L’engagement et le dynamisme des comités de gestion est à saluer, au regard des techniques adoptées par ces derniers pour assurer l’entretien de ces magasins de stockage durant toutes ces années. Le village Boudoum a par exemple instauré un intérêt de 2200 FCFA sur chaque sac emprunté et prélèvent une somme dans ces intérêts pour faire des réparations (fissure sur le sol ou les murs, trous sur les toitures, etc.) dans le magasin de stockage.  Il est également important de relever la bonne tenue des registres par certains bureaux durant les 15 dernières années à l’instar du village Goulzom.

 

 

 

 

 

L’impact des banques de céréales sur les communautés

Cette appropriation par les communautés démontre l’impact positif des banques de céréales dans leur quotidien. En effet, les banques de céréales ont contribué à réduire la faim du fait de la disponibilité des céréales pendant la soudure et de la proximité des lieux d’approvisionnement. Par ailleurs, on note une extension des surfaces cultivées à cause de la disponibilité de la main d’œuvre qui n’est plus obligée de migrer pendant la période de soudure.

On peut donc se réjouir de ce que les banques de céréales créées il y a plus d’une décennie continueront à lutter contre l’insécurité alimentaire dans la région de l’Extrême-Nord avec l’appui de Growing Hope Globally, du Presbyterian Disaster Assistance et de PCUSA.

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