Quand les semences communautaires deviennent un bouclier contre l’insécurité alimentaire.

Par Jodelle Kuenbou / Cheffe de projet / RELUFA

Dans la région soudano-sahélienne, l’accès économique et physique aux semences de qualité demeure l’un des plus grands défis des systèmes agricoles. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les systèmes semenciers informels fournissent entre 80 % et 90 % des semences utilisées par les petits producteurs, notamment à travers l’autoproduction et les échanges locaux.  Parmi les stratégies utilisées pour l’acquisition des semences on note le stockage de la récolte précédente, échanges entre voisins, ou encore les achats sur les marchés locaux. Dans le Diamaré et Mayo Tsanaga ou le Réseau de Lutte contre la Faim (RELUFA), travaille pour adresser les causes systémiques de la pauvreté et la faim, ces systèmes d’acquisition de semences sont également ceux utilisés seulement, ils restent fortement vulnérables aux chocs climatiques et ne permettent pas d’avoir un rendement satisfaisant pour assouvir les besoins des ménages.

Plusieurs pays de la région du Sahel à l’instar du Tchad, du Niger, en passant par le Mali et le Burkina Faso aussi traversent des crises récurrentes de sècheresse, de conflits armés et des conflits communautaires qui contribuent à fragiliser les systèmes semenciers exposant ainsi de millions de personnes à l’insécurité alimentaire. D’après une étude menée par Georges en 2011 en Nairobi, Les catastrophes climatiques entraînent la perte de semences, mais les agriculteurs restaurent plus efficacement la diversité de leurs cultures grâce aux échanges locaux et aux marchés informels qu’avec les semences fournies par l’aide extérieure. En effet, les semences issues des programmes d’assistance sont souvent peu adaptées et contribuent moins à la préservation de la biodiversité que les systèmes locaux.

La région de l’Extrême-Nord du Cameroun est le reflet de ces dynamiques. Face à la variabilité climatique, à la pression démographique et aux déplacements de populations, les communautés rurales peinent à accéder et à sécuriser leurs moyens de production. Dans les zones d’intervention RELUFA dans cette région, les producteurs majoritairement de petits exploitants rencontrent des difficultés récurrentes d’accès à des semences adaptées, affectant directement les rendements et la sécurité alimentaire des ménages.

Au regard de ces défis, les champs de semences communautaires apparaissent comme une réponse locale, durable et structurante. Mis en place dans le cadre du programme de Lutte contre l’insécurité alimentaire dans les communautés locales par la production agricole et les banques de céréales dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun porté par RELUFA, la mise en place de ces champs de semences communautaires reposent sur une approche participative impliquant ainsi les producteurs dans tout le processus de production avec l’accompagnement d’un ingénieur agronome.

Depuis 2021, le programme s’inscrit dans une dynamique d’accompagnement des agriculteurs pour le développement de la production semencière. À ce jour, 11 champs de semences communautaires ont été développés dans certains villages du département du Diamaré et du Mayo Tsanaga, au bénéfice direct de nombreux producteurs vulnérables. Les premiers résultats sont significatifs. L’accès aux semences s’est nettement amélioré pour les ménages bénéficiaires, qui disposent désormais de stocks semenciers locaux leur permettant de sécuriser leurs campagnes agricoles. On compte environ 177 bénéficiaires directs. Cette disponibilité réduit la dépendance aux marchés souvent instables et favorise une augmentation progressive des superficies cultivées.

Les avantages cumulatifs de cette initiative communautaire de champs semencier pour les villages participants sont immenses. RELUFA a acheté des semences produites par le Groupe d’Initiative Commune du village d’Ouro Domayo, l’un des villages participants au programme cite ci-dessus afin d’assister 100 familles déplacées internes a Kolofata dans le Département de Mayo Sava, Extrême Nord du Cameroun, qui ont souffert d’un incendie dévastateur qui a ravagé leur camp le 7 février 2026 et qui sont déplacées internes à Kolofata.

Donc sur le plan économique, les champs de semences communautaires offrent des perspectives intéressantes. Certains groupes de producteurs parviennent aujourd’hui à générer des revenus complémentaires grâce à la vente de surplus de semences à d’autres villages et organisations tel que mentionné ci-haut. Ceci contribue ainsi à améliorer leurs conditions de vie et à dynamiser les économies locales. Les ventes dans les localités vont jusqu’à 1 475 500 FCFA avec le village Gouringuel, 1 475 000FCFA avec le village Mbiga et 728 000FCFA avec le village Ndeling pour ne citer que ceux-ci. L’un des villages bénéficiaires de ce programme notamment Gourringuel a d’ailleurs reçu l’invitation du délégué régionale de l’agriculture pour le lancement de la campagne agricole 2025-2026 au cours duquel il a reçu un prix pour ses prouesses.

Cette approche communautaire mise en œuvre par RELUFA joue également un rôle clé dans le renforcement de la cohésion sociale. La gestion collective des champs et des stocks de semences favorise la solidarité entre les membres du GIC et garantit un accès plus équitable aux ressources, notamment pour les femmes, souvent les plus exposées à l’insécurité alimentaire.

Toutefois, en dépit de toutes ces avancées, des défis persistent dont l’un des plus marquants est la contrainte de financement qui freine l’extension de cette initiative dans les autres localités de la région. On note également, la reconnaissance des systèmes semenciers paysans dans les politiques publiques qui reste encore insuffisante à l’échelle régionale.

Dans ce contexte, l’expérience du RELUFA met en évidence l’importance de renforcer les investissements dans les systèmes semenciers locaux, d’intensifier l’accompagnement technique et de promouvoir des politiques agricoles favorables à l’agroécologie. Ces actions apparaissent essentielles pour bâtir des systèmes alimentaires plus résilients dans la bande soudano-sahélienne.

En bref, les 11 champs de semences communautaires mis en place à l’Extrême-Nord du Cameroun par RELUFA sont une parfaite illustration du potentiel des solutions locales face à des défis globaux de la région. En améliorant l’accès aux semences à travers le renforcement des capacités des producteurs et l’accompagnement par un expert de la question, cette approche permet de consolider la dynamique communautaire et constitue un levier concret pour lutter durablement contre l’insécurité alimentaire dans la région.

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