Par Sandra AMOUGOU / Stagiaire – RELUFA

Au cœur du conflit armé qui ravage les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun depuis 2017, le silence des ruines est parfois brisé par des appels à l’aide déchirants. Parmi eux, celui de Blossom1, qui élève un cri de tristesse et qui porte en elle les effets durables de ce conflit : l’enfer du stress post-traumatique.
La petite localité d’Ekona dans la région Sud-ouest du Cameroun était, il y’a quelques années, un village calme et paisible où vivait Blossom, jeune femme de 29 ans et mère d’un jeune garçon de 4 ans. Elle exerçait avec passion son métier de coiffeuse dans un petit marché local afin de subvenir dignement à ses besoins quotidiens. Mais, ce quotidien paisible a basculé lorsque la crise a pris de l’ampleur en devenant un conflit armé.
Face à l’insécurité grandissante et aux tueries quotidiennes, Blossom fut contrainte de tout abandonner pour trouver refuge dans une ville plus sécurisé du pays : Mfou, dans la région Centre
Blossom n’oubliera jamais ce gros incendie qui marqua sa vie pour toujours. Sous son regard impuissant, sa maison qui était le fruit de ses efforts est partie en cendres, emportée par la fureur des flammes aux origines humaines. Ce jour-là, l’insécurité n’était plus une menace lointaine, c’était une réalité brutale à laquelle Blossom faisait face. Poussée par un proche qui lui promettait un abri dans un cadre plus sécurisé, elle a serré son fils de 4 ans contre elle et a pris la fuite.

Ce qui devait être un voyage vers le calme et la paix s’est transformé en un véritable calvaire de plus de dix jours d’errance, de faim et d’inconfort. Pour échapper aux balles et aux contrôles tenus par les séparatistes, Blossom et son enfant ont dû s’engouffrer dans la brousse épaisse. Pendant une semaine entière, la forêt était devenue leur seul toit malgré les risques encourus. Ils dormaient à même le sol, tremblant de froid et de peur au moindre craquement de branche qui pouvait annoncer un prédateur où un reptile venimeux.
Pour se nourrir, Blossom fouillait la terre et les arbres : quelques fruits sauvages, des racines ou un peu d’eau trouvée ici et là constituaient leurs seuls repas. Parfois elle était contrainte de mendier pour pouvoir se nourrir. Elle voyait son fils s’affaiblir, mais la peur d’être retrouvée et tuée lui donnait la force de continuer.
Lorsqu’ils atteignent enfin Yaoundé, puis Mfou, après ce périple épuisant, le soulagement est de courte durée. Si les armes se sont tues, le combat intérieur commence. Blossom sombre dans une profonde dépression, hantée par l’image des morts enjambés, des proches tués et de ses avoirs consumés par les flammes, l’ensemble de ces évènements tragiques hante son quotidien. Ces sensations de peur et d’angoisse deviennent des compagnons de chaque jour.
Sans un sou, déracinée, elle a dû puiser dans sa dernière énergie pour ne pas sombrer totalement. Aujourd’hui, elle lutte chaque jour pour se reconstruire, retrouver sa dignité et, progressivement, « se relever » malgré les cicatrices invisibles qui marquent sa vie à jamais.
Malgré les défis, Blossom tente de se construire une vie, loin de ses crises. Aujourd’hui, elle vit à Mfou, petite localité près de Yaoundé dans la région du Centre au Cameroun, et exerce aisément ses activités champêtres génératrices de revenus lui permettant de subvenir à ses besoins ainsi que celles de sa famille. Sa rencontre avec celui qui est devenu son époux a été une lueur d’espoir immense, l’aidant à apaiser les tourmentes de sa dépression.
Le chemin vers la guérison reste long et difficile, mais Blossom a fait preuve d’une résilience remarquable. Son histoire ressemble à celle de milliers d’autres personnes touchées par le conflit dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun et nous rappelle l’importance de la solidarité et du soutien en temps de crise. Depuis le début de ce conflit, RELUFA et ses partenaires locaux sur le terrain viennent en aide à la population touchée de différentes manières. Pour les jeunes filles comme Blossom, l’accent a été mis sur le soutien à l’éducation, la guérison des traumatismes et l’accompagnement psychosocial. De même, des formations professionnelles, un soutien au petit commerce, ainsi qu’une aide alimentaire et pour les besoins de base ont également été fournis.
Le chemin vers la guérison reste long et difficile, mais Blossom a fait preuve d’une résilience remarquable. Son histoire ressemble à celle de milliers d’autres personnes touchées par le conflit dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun et nous rappelle l’importance de la solidarité et du soutien en temps de crise. Depuis le début de ce conflit, RELUFA et ses partenaires locaux sur le terrain viennent en aide à la population touchée de différentes manières. Pour les jeunes filles comme Blossom, l’accent a été mis sur le soutien à l’éducation, la guérison des traumatismes et l’accompagnement psychosocial. De même, des formations professionnelles, un soutien au petit commerce, ainsi qu’une aide alimentaire et pour les besoins de base ont également été fournis.
Alors que des millions de personnes continuent de subir les conséquences du conflit qui sévit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, il est essentiel de prêter l’oreille à leurs témoignages et de comprendre l’impact que cette crise continue d’avoir sur leur vie.
En partageant des histoires comme celle de Blossom, nous contribuons à une prise de conscience collective, à la création d’un environnement mieux adapté pour aider ceux qui souffrent en silence et un appel à l’ordre et au maintien de la paix pour une cohésion sociale. La prévention des conflits est essentielle pour une vie plus apaisée.
- Blossom est un pseudonyme que nous avons utilisé pour préserver son identité et la protéger de toute représaille de la part des acteurs armés. ↩︎


