Par Jodelle Kuenbou / Cheffe de projet – RELUFA
Depuis plusieurs années, les communautés de la région de l’Extrême-Nord du Cameroun sont confrontées à une insécurité alimentaire récurrente, en particulier pendant la période de disette qui s’étend généralement de juillet à septembre chaque année. En réponse à cette situation, le Réseau de lutte contre la faim (RELUFA), avec le soutien de ses partenaires, aide les communautés identifiées comme touchées en leur fournissant des céréales et en produisant localement des biopesticides et du compost, ce qui contribue à améliorer la production agricole locale. Il s’agit d’un effort visant à contribuer au développement durable et à la transformation des communautés afin d’améliorer leurs conditions de vie.
Outre le soutien susmentionné visant à réduire l’insécurité alimentaire, plusieurs Groupes d’Initiative Commune (GIC) ont également demandé la mise en place de moulins afin d’alléger le fardeau que représente le fait de parcourir de longues distances uniquement pour moudre des céréales destinées aux repas familiaux. Le village de Mbozo-Kae, que le RELUFA vient de visiter, en est un exemple. Avant 2021, moudre le millet pour les repas familiaux à Mbozo-Kae constituait un défi majeur pour les membres de la communauté. Les femmes et les enfants, en particulier, devaient parcourir près de 10 kilomètres pour accéder au moulin le plus proche, un trajet particulièrement risqué pendant la saison des pluies en raison des cours d’eau en crue et du danger de noyade lors de la traversée. D’autres recouraient à des meules traditionnelles, un processus fastidieux, exigeant beaucoup de main-d’œuvre et prenant beaucoup de temps.

Pour relever ce défi, RELUFA, avec le soutien de ses partenaires, a fourni au village de Mbozo-Kae un moulin à grains. Cette initiative visait à alléger la charge de travail des femmes et des enfants tout en créant une activité génératrice de revenus pour la communauté villageoise.
Cinq ans plus tard, des changements notables ont été observés. Tout d’abord, l’accès s’est amélioré et les membres de la communauté bénéficiaire gagnent un temps considérable, puisque le moulin a éliminé la nécessité d’effectuer de longs et pénibles trajets. Les femmes de Mbozo-Kae, ainsi que celles des villages voisins situés à 2, 3 et 4 kilomètres, utilisent désormais le moulin régulièrement. Le moulin est devenu un point de service essentiel pour les autres communautés environnantes.
Il est intéressant de noter l’efficacité de la gestion communautaire du moulin. Le groupe d’initiative commune du village a mis en place un système de gestion fiable et autonome. Les recettes générées par le moulin couvrent les frais d’entretien et le remplacement des pièces défectueuses, tout en alimentant un fonds d’épargne pour le village. Après avoir couvert toutes les dépenses de fonctionnement, le groupe a pu conserver dans leur caisse plus de 100 000 FCFA d’épargne. D’autre part, encouragé par ce succès, le Groupe d’initiative commune a commencé à épargner en vue de l’achat d’un deuxième moulin à céréales destiné à desservir un autre village voisin. Son objectif est d’élargir l’accès à ce service, d’augmenter ses recettes et d’étendre les avantages à davantage de communautés. Il s’agit là d’une croissance symbolique, portée par la communauté et nourrie par l’ambition, grâce au seul soutien initial de RELUFA.

En résumé, l’expérience du village de Mbozo-Kae démontre la durabilité et l’impact à long terme des initiatives de soutien menées par la communauté. Au-delà de la fourniture d’équipements, le projet a favorisé l’autonomisation, l’appropriation locale et la résilience économique, générant des bénéfices tangibles qui continuent d’améliorer la vie des membres de la communauté. Les paroles réconfortantes de gratitude adressées à RELUFA et à ses partenaires trouvent un écho profond et large auprès de tous les membres de la communauté et témoignent de la pertinence de tout projet lorsque la communauté bénéficiaire s’en approprie pleinement.


