Par Tina Amougou – Stagiaire (RELUFA)
La sécurité alimentaire est constamment mise à l’épreuve au Cameroun de manière particulière depuis une décennie. Une problématique complexe alimentée par des conflits persistants qui entrainent entre autres la hausse des prix des denrées sur les marchés, la rareté de certaines denrées, etc. Selon le rapport de Famine Early Warming Systems Network (FEWS NET) sur les perspectives de sécurité alimentaire pour la période d’octobre 2025 à mai 2026, la situation est alarmante, surtout dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Le conflit demeure le principal moteur de l’insécurité alimentaire au Cameroun. Depuis 2013, des groupes comme jihadiste comme Boko-Haram et l’organisation État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) ont intensifié leurs attaques dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. De même, les affrontements qui opposent l’armée camerounaise aux groupes séparatistes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont chassé beaucoup de leurs villages depuis 2017 qui sont devenus les déplacées internes. Ces conflits ont non seulement perturbé les activités agricoles, mais aussi conduit à une baisse significative de la production alimentaire. Dans un cas comme dans l’autre, ces conflits ont généré et continuent d’accentuer une forte pression sur les moyens d’existence des communautés locales. L’on assiste ainsi à une fuite des populations essentiellement agricoles qui abandonnent leurs villages et leurs plantations pour trouver refuge ailleurs.

Selon FEWS NET, la superficie cultivée a chuté de 20 à 40 % dans les zones touchées par les conflits au Cameroun, ce qui a entraîné une forte hausse des prix des denrées alimentaires sur les différents marchés. Des milliers de ménages ont perdu leur capacité à produire de la nourriture, les rendant incapables de subvenir à leurs besoins alimentaires et nutritionnels et a entraîné une dépendance accrue des populations vis-à-vis de l’aide humanitaire.
Selon les prévisions, entre 1,5 et 1,99 million de personnes réfugiés, personnes déplacées internes notamment ceux du Nord-ouest et du Sud-ouest et les ménages vulnérables auront besoin d’assistance alimentaire d’urgence entre octobre 2025 et mai 2026 (FEWS NET, 2026). Ces populations vulnérables reçoivent pour certain des paniers alimentaires incomplets et d’autres seront contraintes de réduire leur ration de moitié. En août 2025, le PAM assistait environ 115000 personnes et moins de 25% des populations prioritaires dans certaines zones. Mais, les livraisons d’aide sont souvent bloquées ou limitées par l’insécurité, les enlèvement et l’accès restreint des organisations humanitaires, rendant critique l’augmentation des ressources et l’amélioration des modalités d’intervention avant la période de soudure.
La dynamique actuelle laisse présager une possible aggravation de la crise sécuritaire jusqu’à mai 2026 : la persistance de la violence dans les Nord-ouest et Sud-ouest et l’intensification des attaques d’ISWAP dans les régions septentrionales devraient maintenir des contraintes sur les semis, les récoltes et l’emploi agricole. Le 7 février 2026, un incendie dévastateur a ravagé le camp de personnes déplacées internes fuyant l’insurrection de Boko Haram à Kolofata, dans le Département de Mayo-Sava, région de l’Extrême-nord du Cameroun. Une personne a été tuée et 3500 abris temporaires ont été détruits, plongeant des milliers de familles déjà vulnérables dans la détresse humanitaire.
C’est dans cette perspective que le RELUFA a lancé en Janvier 2026, un projet pour fournir une assistance et renforcer la résilience des communautés touchées par la crise sécuritaire et des personnes déplacées au Cameroun avec l’appui financier de Presbyterian Disaster Assistance (PDA) de l’église presbytérienne USA. Ce projet vise à promouvoir l’éducation des jeunes filles impactées par la crise sécuritaire ainsi que, soutenir les familles vulnérables besoin avec les rations alimentaires de base.

Le Cameroun traverse une crise alimentaire prolongée, principalement alimentée par des conflits persistants et des prix alimentaires élevés. Sans une intensification rapide et coordonnée de l’aide alimentaire, une détérioration significative est probable pendant la saison de soudure (mars–mai 2026), avec un risque d’augmentation des situations d’Urgence (IPC Phase 4) dans les zones les plus isolées. Des financements accrus, une amélioration de l’accès humanitaire et des interventions ciblées sont essentiels pour limiter l’impact sur les populations vulnérables et prévenir une aggravation majeure de la crise alimentaire.


