Muskwaari -
Le mil de contre saison |
Avec la progression du désert dans la Province de
l’Extrême Nord, cette région du Cameroun est exposée à la famine. En
2005, la majorité de la population souffre de carence alimentaire,
conséquence de la rareté des pluies et du soleil caniculaire observés
en 2004 qui ont considérablement réduit les récoltes. Les perspectives
d’approvisionnement alimentaire sont lugubres pour l’année prochaine :
en Mai 2005, les criquets migrateurs ont attaqué les plantations, et
quelques mois plus tard, les crues ont emporté tout ce qui restait à
récolter.
Pauvrete, Usuriers et Insecurite Alimentaire Chronique
Pendant que les conditions climatiques défavorables causent souvent des
problèmes brusques et catastrophiques, le niveau élevé de pauvreté
constitue une menace permanente pour la sécurité alimentaire de la
population. Au moment des récoltes en Septembre et Octobre, les
fermiers sont à court d’argent pour permettre à leurs enfants d’être
prêts pour la nouvelle année scolaire. Ecouler leurs récoltes leur
permet de s’occuper de l’éducation et des différents autres besoins de
leurs familles, et de s’acquitter de leurs obligations coutumières, à
savoir les cérémonies traditionnelles et religieuses. Mais tout le
monde mettant simultanément les récoltes sur le marché, les prix sont
revus à la baisse.
Puisque les prix sont bas lors des récoltes,
les hommes d’affaires retournent dans les villages pour
s’approvisionner, et revendent leurs produits pendant la période de
carence (Juillet - Septembre) à des prix exorbitants, ou exportent
leurs produits vers les pays frontaliers (Tchad, Nigeria et République
Centrafricaine) et même la Libye. Ces commerçants sont responsables des
fluctuations du prix des céréales.

Un grenier familiale traditionnelle |
Lorsque leurs réserves de
nourriture sont épuisées, les fermiers sont obligés de vendre leur
bétail pour acheter des céréales à l’usure. En ce moment où le prix des
céréales augmente, et leur bétail régressant graduellement, les
familles ont vu leurs revenus diminuer. La prévention et le traitement
des maladies touchant le bétail devenant de plus en plus coûteux pour
les fermiers, certains d’entre eux sont obligés d’abandonner
l’agriculture comme activité économique.
Banques Communautaures de Cereales
Un comité ad hoc composé d’organisations membres de RELUFA, ADERSA, FOSAL
et ADESE, a travaillé avec la coordination du réseau sur d’autres
programmes de sécurité alimentaire, et a rencontré des organisations et
églises nationales et internationales pour un partage
d’expériences. Le comité a ensuite débattu sur la manière d’atteindre
la souveraineté alimentaire en tant que réseau national, pour les
communautés vulnérables de l’Extrême Nord du Cameroun.

Une banque communautaire de céréale
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La
création d’un système de banque communautaire de céréales a été
identifiée comme étant la stratégie la mieux appropriée pour arrêter le
cycle de pénurie de nourriture, de flambée des prix sur le marché, de
malnutrition chronique et de dépendance des programmes de distribution
alimentaire. Les greniers communautaires permettront aux villageois de
gérer eux-mêmes la distribution alimentaire et de refréner les
mécanismes d’usure qui engendrent la pauvreté.
Au sein des
membres du réseau, il existe déjà une expérience considérable
concernant les greniers communautaires. Les organisations membres du
RELUFA s’associeront à d’autres organisations camerounaises, telles que
le SAILD et la Commission de Développement du Diocèse de l’Eglise
Catholique, et travailler avec la coordination du réseau pour mettre en
place des systèmes de banque communautaire de céréales dans une
douzaine de villages.
La Strategie
Un tas de sac de mil nouvellement recolté et achete par RELUFA pour constituer des premiers stock de roulement pour une banque communautaire de céréale
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RELUFA vise à la
création d’une banque communautaire de céréales dans au moins un
village des départements suivants : Diamaré, Mayo Tsanaga, Mayo Sava et
Mayo Danay. Ces départements, très exposés, n’ont pas constitué la
première cible de la distribution de l’aide alimentaire du Gouvernement
et des organisations internationales. Six greniers seront
construits dans les villages vulnérables des départements du Mayo Sava
et du Mayo Tsanaga. Trois greniers seront gérés par les femmes et les
autres, par les hommes. Chacun de ces six greniers et ceux des six
villages des départements du Diamaré et du Mayo Danay, où il existe
déjà des infrastructures, bénéficieront d’un fonds d’exploitation pour
permettre aux greniers de commencer à fonctionner comme des banques
communautaires de céréales. Le fonds d’exploitation permettra aux
villageois d’acquérir 100 sacs de céréales pendant la moisson.

Sacs de cereales dans un grenier villageois |
Ces sacs
seront stockés dans le grenier, qui restera clos après la moisson.
Quand la nourriture se fera rare, quelques mois avant la nouvelle
récolte, les familles pourront emprunter un sac auprès de la banque de
céréales pour pallier la pénurie de nourriture. Ces familles pourront
rembourser leur prêt avec les premiers produits de leur récolte, entre
Octobre et Décembre pour le sorgho de la saison des pluies, et Février
et Avril pour le décompte des graines. On estime qu’un sac sera
suffisant pour une famille de six personnes pendant un mois.
La Formation RELUFA
organisera des campagnes de sensibilisation sur le système de banque
communautaire de céréales auprès de villages cibles. Des comités de
gestion commune seront installés dans chacun de ces douze villages et
recevront une formation sur les activités, la gestion et le contrôle de
cette banque.
Des séances de formation seront organisées pour
permettre aux villageois de mieux comprendre le système de banque
communautaire de céréales. Ils apprendront à déterminer les besoins et
ressources de leurs familles, et à gérer l’approvisionnement
alimentaire de leurs ménages par l’entremise de la banque de céréales.
Plus tard, ils apprendront à faire une analyse technico-économique pour
déterminer les revenus et dépenses par récolte.
A la longue,
RELUFA travaillera avec ses organisations membres et les collectivités
pour faire pression sur les autorités locales, afin que celles-ci
puissent mettre en vigueur des lois pour empêcher la vente de nos
produits aux d'hommes d'affaires des pays voisins. |