En douce:
Des Ogm sous notre nez !
Ces produits sont présents dans nos supermarchés. Sans aucune mention.
L ‘atelier national de la société civile sur les Ogm a été l’occasion de dévoiler les premiers résultats d’une enquête menée depuis 2003 par le Centre pour l’environnement et développement. Un monitoring des Ogm effectué dans les marchés de Yaoundé, afin d’identifier les produits alimentaires déclarés comme contenant des Ogm et présents dans les rayons des supermarchés. Il était aussi question d’évaluer les connaissances de toutes les parties concernées pour ce qui est des Ogm.
A cause des difficultés du début du monitoring, l’action a finalement porté essentiellement sur les denrées alimentaires manufacturées. Et dans les supermarchés. Pour ce faire, les enquêteurs du Ced ont effectué la ronde des magasins à des intervalles plus ou moins réguliers pour trouver des aliments contenant des Ogm. Selon une méthode élaborée par des experts de Greenpeace-Détectives Ogm. Lesquels ont conçu, à cet effet, un répertoire des horreurs transgéniques. Et c’est cette liste des produits étiquetés comme contenant des Ogm qui a guidé le travail de détection. Ajoutée aux guides des produits avec ou sans Ogm de Greenpeace-Québec et de Greenpeace-France. Mais pour avoir une meilleure connaissance du sujet, le Ced a également mené des enquêtes auprès des usagers des supermarchés, des gérants propriétaires desdites structures et des industries brassicoles.
De l’enquête, il ressort clairement que les Ogm sont bel et bien présents au Cameroun. En effet, de nombreux produits incriminés – figurant sur les listes comme contenant des Ogm, et surtout non étiquetés – s’étalent fièrement dans les rayons des supermarchés. Notamment le Foué de Paul Prédault à Score ;Cocktail de Jean Caby à Leader Price ; Les confiseries Mars/M&Ms/Twix de Masterfoods à Mahima. Malheureusement, des tests de confirmation de la teneur de ces denrées alimentaires en Ogm n’ont pas pu être effectués, faute de moyens.
« Quant à l’enquête auprès des consommateurs et de leurs fournisseurs, elle donne à apprécier des résultats qui confirment qu’un grand travail de sensibilisation doit être mené auprès du public sur cette question. Si parmi les personnes interrogées quelques-unes se démarquent, la grande partie nage en plein désarroi. Plus de 60% ignorent qu’il existe une législation en la matière et déclarent qu’ils essaient de contrôler les produits qu’ils consomment. », révèle l’enquête. Et selon elle, 90% des sondés se méfient de cette technologie qu’ils ne connaissent pas bien et dont ils supposent l’action néfaste sur la santé. Les propriétaires ou gérants de supermarchés, eux, se sont montrés peu diserts sur les Ogm. De longs mois après l’initiation de cette enquête, leurs réponses se font toujours attendre. Idem pour les industries brassicoles. Dont on sait qu’elles importent massivement de grandes quantités de matière première des Etats-Unis et d’Argentine, grands producteurs d’Ogm et de maïs.
Mais là n’est pas le plus grave. Car le monitoring effectué dans les grandes surfaces permet de constater que l’étiquette, qui est pourtant le moyen d’identification conventionnel d’un produit, est très peu considérée par les acheteurs. Une omission grave quand on sait que c’est l’étiquette qui renseigne sur la qualité du produit que l’on veut acheter et permet d’en connaître la composition. Et pourtant la loi camerounaise sur la biosécurité adoptée en 2003 est claire en la matière, elle qui précise que tous les Ogm commercialisés sur le territoire national doivent être emballés et étiquetés par le producteur et l’expéditeur avec la mention : « Produit à base d’Ogm », ou « Contient des Ogm ».
Malgré toutes ces prescriptions, des produits Ogm circulent sur le marché sans être étiquetés comme tels. C’est le cas de la version locale de l’huile de soja Oilio produite en France par AOR. Et qui apparaît en bonne place dans le magasin des horreurs transgéniques.
Au Cameroun où les acheteurs se penchent très peu sur cet élément qu’est l’étiquette lors de l’acquisition d’un produit, les Ogm pourraient dangereusement proliférer.
Pauline Meka