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RELUFA
Réseau
de Lutte contre la Faim au Cameroun |
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Par Jaff Bamenjo, le coordinateur national de RELUFA
Toute l’équipe de RELUFA était sous le choc lorsque Valery Nodem avait annoncé son départ pour assumer d’autres fonctions. Cependant nous avons été consolés d’apprendre qu’il partait pour continuer son travail avec le programme presbytérien contre la faim. Quelques mois plus tard, j’ai été sélectionné par le Conseil d’Administration en tant que coordinateur du réseau, et l’assemblée générale des membres de RELUFA a confirmé ma nomination pendant leur réunion en Mars.
Mon travail avec RELUFA remonte à septembre 2009, lorsque j’ai été recruté pour une période de trois mois afin d’aider à la recherche et à l’organisation logistique pour le film documentaire sur le projet Pipeline Tchad Cameroun produit par RELUFA. Après une recherche et un travail intensif sur le terrain qui a conduit l’équipe de tournage du film documentaire dans les villages situés le long du pipeline sur 1070 km (665 miles), de la ville portuaire camerounaise de Kribi à Doba dans la région Sud du Tchad, mon temps de travail avec RELUFA était supposé techniquement se terminer en décembre de cette même année. Mais il m’a été demandé de rester et de joindre en tant qu’employé permanent le programme des industries extractives de RELUFA, offre que j’ai immédiatement acceptée.

Jaff (à droite) avec d’autres staffs représentant RELUFA dans la Coalition Souveraineté Alimentaire du Cameroun (COSAC) au comice agropastoral national. |
Intégration des programmes
Avec le temps, je suis devenu vraiment immergés et dévoués à ce travail. Par extension, les autres programmes de RELUFA ont aussi attiré mon attention et attisé ma curiosité : la souveraineté alimentaire avec les banques communautaires de céréales, l’auto-développement avec le programme de microcrédit CAP et le commerce juste avec le projet Fair fruit. A travers tous ces programmes, j’ai compris que les problèmes identifiés et les alternatives proposées opèrent de grands changements dans la vie des communautés. Je peux voir leur pertinence dans un contexte comme le notre où ils ne présentent pas seulement une stratégie adaptée pour les pauvres et les marginalisés. Mais ces programmes incluent des campagnes générales de plaidoyer avec d’autres organisations de la société civile partageant les mêmes idées pour changer le système qui maintien ces injustices.
Je suis personnellement préoccupé par les pauvres et les marginalisés de notre société et je déteste toute forme d’injustice sociale. C’est pourquoi le travail de RELUFA a rapidement captivé mon attention. Mon background chrétien a solidement influencé les valeurs que je défends. J’ai grandi en étant chrétien de l’Eglise presbytérienne du Cameroun (PCC), en recevant une éducation chrétienne à l’école du dimanche, avec les jeunes presbytériens et dans l’association de la jeunesse chrétienne durant mon jeune âge. C’est pourquoi je suis ravi de savoir qu’une relation privilégiée existe entre l’Eglise presbytérienne des Etats-Unis et RELUFA, que RELUFA a reçu pour son travail le support du programme presbytérien contre la faim et que nous avons reçu la solidarité des presbytériens américains.
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Jaff Napoleon Bamenjo a grandi dans le village Kumbo de la région Nord-ouest du Cameroun.
Après l’obtention de son GCE Advanced level certificate, il s’est inscrit à l’université de Yaoundé II où il a obtenu une licence en sciences politiques. Il a ensuite effectué son mastère en développement à l’institut des études sociales à De Hague aux pays bas, avec une spécialisation dans les politiques du développement alternatif.
Jaff est un membre actif de l’Eglise presbytérienne du Cameroun (PCC). |
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Ce changement intervient au moment où RELUFA est également en train de transiter en tant qu’organisation pour consolider et élargir sa base à travers des plateformes thématiques. Je suis enthousiaste de continuer le bon travail que mes collègues et prédécesseurs ont commencé depuis des années, tout en cherchant à améliorer les faiblesses pour faire avancer RELUFA.
Il est clair que la tâche énoncée plus haut est immense et nos moyens limités. Nous sommes reconnaissants de la confiance que nos partenaires mettent en nous, en particulier les presbytériens américains, pour leur solidarité et leur soutien au fil des ans. J’espère être à la hauteur de la confiance qui a été mise en RELUFA, de sorte qu’ensemble nous continuons à rechercher la justice économique, sociale et environnementale pour les pauvres et contribuons à l’amélioration du monde.
En tant que camarades dans la même bataille, je suis impatient de travailler ensemble!
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Par Franck Hameni Bieuleu, cinéaste
Mon nom est Franck Hameni Bieuleu et je suis un jeune cinéaste camerounais de 30 ans. Je suis né à Paris quand mes parents y étudiaient. En 1982, ils décidèrent de rentrer au Cameroun, où j’ai grandi jusqu’à l’âge de 16 ans avant de retourner en France pour ma scolarité. Une chose menant à une autre, j’ai fini par étudier le cinéma en Grande Bretagne à l’université métropolitaine de Londres.
Le tout premier documentaire que j’ai réalisé à la fin de mes études est « Quel Espoir pour la jeunesse africaine » (2008) qui parle du désespoir des jeunes camerounais et des jeunes africains en général face à la pauvreté, à la mauvaise gouvernance et à la corruption qui érode leur pays. Lorsque je tournais ce film, il m’est arrivé de prendre connaissance de l’histoire d’un certain maire d’une ville appelée Njombé dans la province Littoral du Cameroun. Celui-ci avait été emprisonné, éprouvé et condamné pour s’être dressé contre une multinationale. Cela m’a semblé être un sujet très intéressant et j’ai donc décidé que mon prochain film porterait sur cette histoire.
Il est ironique de constater que le film « Big Banana » était initialement supposé présenter l’histoire d’un maire luttant pour cette communauté. Mais il a fini par devenir un documentaire qui traite de l’exploitation de la banane et de son impact social, économique et environnemental sur la communauté locale. En effet, après une petite recherche, il m’est apparu que l’histoire du maire n’était que la partie visible de l’Iceberg.
Lorsque que je collectais les informations sur le sujet, j’ai découvert que Njombé-Penja est une ville riche en ressources naturelles à cause de son sol volcanique qui est très fertile et favorable à la production des fruits et des légumes, c'est-à-dire la banane. Mais sa communauté est extrêmement pauvre.
La multinationale appelée Plantations du Haut Penja (PHP) que la compagnie française La Fruitière de Marseille détient à 60% et qui est détenu à son tour à 40% par la compagnie alimentaire américaine Dole, ne payent apparemment pas les taxes locales à la municipalité. Ce qui ralentit le développement de la ville et ne permet aucune croissance. Par ailleurs, les employés de la plantation reçoivent de pathétiques salaires mensuels de 23 000 francs CFA en moyenne, ce qui est inférieur au minimum fixé par l’Etat pour près de 14 heures par jour.
A ma grande surprise, j’ai également appris que les conditions de travail et les salaires n’étaient pas les seules injustices répertoriées dans la région, il y avait même quelque chose de plus dérangeant : l’expropriation à large échelle des petits cultivateurs. En effet, à cause de la demande croissante du marché européen, PHP est aidée par les autorités locales et nationales qui ont leurs intérêts personnels dans le secteur de la banane. Par exemple, le Ministre du Commerce est le président du Conseil d’Administration de la compagnie, et le député de la région n’est autre que le directeur des affaires extérieures. Ils facilitent le processus d’expropriation des petits propriétaires camerounais, et quiconque résiste à une telle décision se voit emprisonné tout comme le maire.
Mes investigations dans l’expropriation des cultivateurs m’ont permis de rencontrer RELUFA à Njombé. J’ai été agréablement surpris de tomber sur Christi Boyd, une collaboratrice de RELUFA qui a partagé l’initiative Fair Fruit avec moi. Fair fruit met ensemble deux groupes de producteurs différents, l’un d’eux étant des cultivateurs de fruits et l’autre des transformateurs de fruits. Ce projet facilite l’export des fruits séchés vers les Etats-Unis où ces fruits sont vendus par leur distributeur Partners for Just Trade. Je me suis particulièrement intéressé à cette initiative parce que les deux groupes de producteurs sont constitués de familles qui ont été expropriées par PHP. L’initiative leur donne la plus grande occasion d’avoir quelques revenus et de créer une micro – économie indépendante de la production de masse faite par PHP.
Ma rencontre avec RELUFA pourrait facilement être perçue comme une symbiose. Beaucoup de personnes figurant dans le documentaire m’ont été présenté par eux, et RELUFA a méticuleusement arrangé des connexions pour me permettre de rencontrer ses partenaires commerciaux aux Etats-Unis. Ce qui m’a permis de montrer le trajet de la production, de la base à Njombé vers les consommateurs aux Etats-Unis et je leur en suis profondément reconnaissant. En incluant cette initiative dans mon documentaire, je voulais montrer l’une des nombreuses alternatives permettant de contourner l’omniprésence de la compagnie transnationale. Je crois sincèrement que si ce genre d’initiative était multiplié, la communauté de Njombé-Penja pourrait en bénéficier.
Mon intérêt en réalisant ce genre de documentaire est uniquement d’informer le public et de créer le débat afin que ce secteur soit reformé pour améliorer les conditions de vie des résidents locaux de ces régions. Leurs voix ne portent pas assez loin pour être écoutées. J’espère de tout mon cœur que le film jouera son rôle et n’aura pas été fait en vain pour le bien de la population de Njombé. Les consommateurs en Occident ont le pouvoir d’influencer les multinationales irresponsables en les interpellant et si nécessaire en boycottant la banane qui est le produit de l’exploitation humaine.
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Par Bernadet Neutel, coordinateur du projet Fair Fruit
En tant que nouveau coordinateur du projet de commerce équitable de fruits séchés appelé FAIR FRUIT, je travaille avec RELUFA depuis septembre 2010. Je suis hollandaise et je suis arrivé au Cameroun en Août 2009 avec mon époux Marcel. Etant chrétienne, je crois que Dieu nous a donné la tâche de prendre soin des gens et de l’environnement autour de nous. Ainsi, mon mari et moi sommes venus utiliser notre background et nos compétences afin d’apporter un changement dans un cadre où la faim et la pauvreté sont encore des problèmes réels.

Bernadet a directement été intriguée par RELUFA et son projet Fair Fruit. |
Un choix de principe
Pendant ma première année à Yaoundé, j’ai travaillé pour un fond d’investissement où j’apportais une assistance aux entreprises et concevais de nouveaux matériels de communication. Et bien que je travaillais directement avec les clients au fond d’investissement, j’ai senti que je ne pouvais véritablement pas avoir un impact sur les personnes marginalisées de la société. Or c’est là que se trouve ma passion. J’ai donc commencé à chercher d’autres opportunités et c’est ainsi que j’ai rencontré Christi Boyd, une missionnaire de l’Eglise presbytérienne des Etats-Unis engagée à RELUFA depuis la première heure. Elle m’a parlé de RELUFA et du projet FAIR FRUIT qui a directement attiré mon attention. FAIR FRUIT a commencé en tant que réaction à une injustice économique. Il travaille directement avec des personnes marginalisées et montre qu’il est possible de commencer un projet durable et juste pour toutes les parties impliquées. C’était ce qui me convenait.
Etude de faisabilité
Christi avait eu la charge de mettre en place le projet FAIR FRUIT pendant la phase pilote et elle a effectué un bon travail. Lorsque j’ai commencé à travailler avec RELUFA, FAIR FRUIT était un projet qui fonctionnait déjà bien avec une philosophie clairement définie, une bonne qualité de produits, un bel emballage et une bonne base de clients au Cameroun et aux Etats-Unis. Toutefois, il y avait un réel besoin d’une étude de faisabilité professionnelle avec lequel un plan stratégique clair pouvait être développé.

Quand Beatrice était encore petite, sa mère avait été expropriée du champ qu’elle cultivait pour nourrir sa famille. |
Christi avait déjà travaillé avec les cultivateurs et les sécheurs et collecté beaucoup d’informations sur le processus de production, les coûts impliqués, la certification Commerce Equitable, la production biologique, etc. Ainsi, nous nous sommes assises pour structurer toutes ces données pour me permettre de faire des calculs qui forment la base de l’étude de faisabilité. En trois mois, l’étude de faisabilité était finie et la première ébauche du plan stratégique établie.
Durabilité
FAIR FRUIT est un projet avec différents aspects qui se rejoignent tous dans le plan stratégique. Premièrement, le projet a besoin d’être durable. Notre objectif n’est pas d’avoir des bénéfices, mais de créer une situation où le projet peut s’autofinancer. Ce qui signifie que non seulement les coûts de production, mais aussi les investissements et l’assistance additionnelle aux cultivateurs devraient être tous financés par les ventes du produit. De cette façon, nous pouvons créer un projet générant des revenus durables aussi bien pour les cultivateurs que pour les sécheurs. En faisant les calculs, il est devenu clair qu’il est possible d’atteindre cette situation avec FAIR FRUIT dans les deux années à venir si sous augmentons notre production à pleine capacité.

Fair Fruit dans un supermarché de Douala |
De nouveaux marchés
Lorsque nous augmentons la production, nous avons également besoin de trouver de nouveaux marchés pour nos produits, ce qui est le second axe de notre stratégie. En Novembre de l’année dernière, j’ai commencé une tournée marketing dans les deux principales villes du Cameroun, la capitale politique Yaoundé et la capitale économique Douala. C’est bien de voir ce large intérêt local pour nos produits.
FAIR FRUIT est maintenant vendu dans presque toutes les grandes chaînes de supermarchés, dans plusieurs grands hôtels, dans les bureaux des ONG nationales et internationales, dans les écoles au Cameroun. Par ailleurs, nous avons cherché à agrandir notre marché aux Etats-Unis et en Europe.
La Certification Fair Trade
Le troisième aspect de la stratégie est la certification Fair Trade. En commençant le projet FAIR FRUIT, RELUFA voulait montrer qu’il était possible de créer un produit juste dans une philosophie plus large de création d’un système de commerce juste et des pratiques de production responsables.

Bernadet dans une session de travail avec le leader des sécheurs Daniel Hamaha, afin d’accroitre la transparence et s’assurer des prix justes pour toutes les parties. |
Pour obtenir le statut de commerce équitable pour nos produits, nous avons étudié différents organismes de certification afin de déterminer le label qui correspondrait le mieux à notre projet. En même temps, nous améliorons la structure et les opérations et nous accroissons la transparence dans le projet pour mettre en œuvre tous les standards du Commerce Equitable. Nous sommes en discussion avec les cultivateurs pour voir comment nous pouvons fixer les prix à un niveau qui est à la fois juste pour les cultivateurs et les sécheurs et praticable pour le projet.
Par ailleurs, afin de rendre le projet plus écologique, nous avançons vers un produit FAIR FRUIT 100% biologique. Toutefois, il subsiste quelques intrants agricoles utilisés dans la production de l’ananas qui ne respectent pas pleinement les standards biologiques. Par conséquent, avec la coopération des cultivateurs, des recherches ont été effectuées sur la façon de remplacer ces produits, et récemment nous avons trouvé une ressource locale et un fournisseur. Tout compte fait, nous prévoyons un changement dans un avenir proche !

Victor Lemoufou et Flaubert Tanefo se déplacent dans un champ d’ananas biologique. |
Un autre moyen de rendre notre projet plus écologique est de changer la source d’énergie dans le processus de séchage. Actuellement, les sécheurs utilisent des fours à gaz qui sont coûteux et ne sont pas écologiques. Christi a déjà effectuée une recherche minutieuse sur les différentes formes de technologies vertes qui pourraient être utilisées dans le processus de séchage et remplacer le gaz qui est un combustible fossile. Dans ce sens, nous avons trouvé un système de séchage solaire intéressant avec un réservoir brûleur de biomasse qui fonctionne à 100% avec de l’énergie renouvelable. Ce four diminuera considérablement les coûts de production et au même moment nous donnera un processus de production écologique. Nous sommes actuellement dans un processus de recherche de fonds pour financer l’achat de ce système pour notre projet.
Mon impression de RELUFA après six mois
Après six mois de travail au sein de RELUFA, je me sens déjà comme faisant partie de la famille. Mon objectif était d’utiliser mes compétences et mon background dans le projet FAIR FRUIT afin de me rendre véritablement utile non seulement pour RELUFA, mais aussi pour les cultivateurs et les sécheurs. C’est satisfaisant de voir qu’après six mois, mon travail est apprécié et qu’avec mon background je peux véritablement porter le projet à un niveau plus professionnel.
Chaque fois que je travaille avec les sécheurs et les planteurs et que je vois l’impact qu’il a sur leurs vies, cela me motive à continuer avec même plus d’enthousiasme qu’avant. Les cultivateurs m’ont déjà exprimé à plusieurs reprises que le projet FAIR FRUIT a ramené l’espoir dans leurs vies. Qui ne voudrait pas s’assurer que cet espoir soit transformé en une activité génératrice de revenus durable qui aident les planteurs à prendre soin de leurs familles !

L’équipe du Fair Fruit de RELUFA incluant la plupart des planteurs et des sécheurs plus le staff |
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Par Jaff Bamenjo, Coordinateur de RELUFA
Du 14 au 19 février 2011, une équipe de RELUFA a effectuée une descente sur le terrain à Mobilong dans l’arrondissement de Yokadouma au Sud-est du Cameroun, à quelques kilomètres de la frontière avec la république centrafricaine. Le but de cette visite était d’évaluer la contribution au développement social et économique des revenus alloués aux communautés locales issues de l’exploitation des ressources naturelles dans leurs territoires, à la lumière d’un nouveau projet de Diamant devant commencer à Mobilong. Par coïncidence, cette région est aussi le lieu d’habitation du peuple indigène des Bakas, un groupe minoritaire également dénommé « Pygmées » qui vivent près du peuple bantou dans les villages où on les trouve. Mais il est triste de constater que ces populations sont systématiquement mises de côté quand il s’agit des revenus obtenus de l’exploitation des ressources naturelles dans leur territoire.
Les pygmées sont considérés comme le peuple le plus ancien à avoir vécu dans les forêts africaines. Par nature, ils sont retirés, très réservés et vivent difficilement en dehors de leur habitat naturel qui est la forêt. Dans la plupart des pays où on les trouve, ils sont totalement absents des structures administratives et politiques. Au Cameroun, les pygmées vivent beaucoup plus dans la région sud du pays dans la forêt équatoriale, et représente environ 0.3% de la population nationale. Généralement, ils vivent en petites colonies et agglomérations, et dépendent essentiellement de la chasse, la pêche et de la cueillette pour leur subsistance.

des femmes et des enfants du groupement Pygmée à Ampire près de la mine de Diamant à Mobilong pendant la réunion de la communauté avec l’équipe de RELUFA |
Au fil des ans, les pygmées du Cameroun ont progressivement abandonné leur mode de vie nomadique et sont de plus en plus sédentaires. Ils font par conséquent face aux mêmes problèmes sociaux et économiques que les autres groupes du pays. Malheureusement, leurs propres problèmes dépassent ceux des autres groupes parce qu’ils n’ont pas de représentant dans les communes, dans les structures législatives et politiques du pays. Ils sont absents dans la plupart des aspects de la vie nationale et de ce fait ne jouissent pas des mêmes droits et obligations que les autre citoyens. Intentionnellement ou par omission, le peuple pygmée n’a pas droit à la terre et la majorité d’entre eux manquent de carte d’identité, un pré requis pour tout citoyen dans la majorité des pays. Une agglomération typique de pygmées est caractérisée par une pauvreté abjecte, pas d’accès à l’éducation, aux soins de santé et à l’hygiène.
La réforme forestière des années 1990 au Cameroun essaye de fournir une réponse au développement local par l’institution d’un cadre d’allocation des redevances générées par l’exploitation des ressources forestières aux communautés locales. Ces réformes avaient été engagées par le gouvernement avec l’appui de la banque mondiale et introduite par la loi No 04 /01 du 20 janvier 1994. Elles ont partiellement pour but de promouvoir la participation locale des communes et communautés rurales aux avantages sociaux et économiques à travers la gestion locale des revenus forestiers. Selon la loi forestière camerounaise de 1994, les sociétés d’exploitation forestière opérant au Cameroun payent une redevance forestière annuelle qui est partagée entre le gouvernement central, les communes et les communautés locales proches des concessions forestières.

Jaff tenant un diamant trouvé dans le village Ampire |
Mais pour les pygmées, les sociétés d’exploitation forestière affectent grandement leur existence qui dépend fortement de la forêt. Même si on peut dire que leur situation s’empire à cause de l’exploitation forestière croissante qui réduit leur libre accès à la forêt dans leurs localités, ils n’ont pas bénéficié des allocations de redevances forestières annuelles. C’est le cas des pygmées vivant dans le village Ampire près de Mobilong dans l’arrondissement de Yokadouma, et hôte du plus récent site minier de Diamant au Cameroun…
Désolation dans le village Ampire
Ampire est une petite colonie pygmée qui se trouve dans la forêt au Sud-est du Cameroun et est situé à quelques kilomètres du site du projet imminent de diamant. A Ampire, il n’y a pas de centre de santé, pas de borne fontaine et l’école du village est une case à une seule pièce sans bancs.

Une école primaire dans le village pygmée Ampire |
Après la loi forestière camerounaise de 1994, les redevances forestières annuelles sont allouées aux communautés locales où il y a des concessions forestières. Cela a été conçu comme une stratégie d’allocation des revenus pour le développement socio-économique des communautés locales vivant près des concessions forestières avec des activités d’exploitation forestière industrielle. Mais l’expérience a montré que les pygmées sont marginalisés comme l’indique la situation du village Ampire. Bien que le débat sur la gestion des revenus issus des ressources naturelles au Cameroun se soit déplacé du gouvernement central vers les communes et communautés locales, peu de considération est accordée aux pygmées qui sont marginalisés dans ce processus. Ils peuvent donc être considérés comme les principales victimes de l’exploitation des ressources naturelles dans leurs terroirs, que ce soit l’exploitation forestière ou les projets miniers.
Bien que les redevances forestières locales aient été reparties aux communautés locales à Yokadouma depuis les 18 dernières années, les villages pygmées n’en ont pas profitées car leurs villages sont restés sans services sociaux de base toutes ces années. Ils dénoncent la composition sociologique des comités de gestion choisis pour gérer les redevances forestières annuelles. Ils considèrent que l’absence de considération spéciale qui devrait leur être accordé en tant que minorité n’est que pure négligence. Pratiquement, les indigènes baka Pygmées n’étaient pas représentés pendant plus de 17 ans dans les comités de gestion des allocations de redevances forestières annuelles jusqu'à récemment, avec la promulgation de l’arrêté conjoint ministériel du 3 juin 2010 qui rend désormais obligatoire la représentation des pygmées dans le comité de gestion. Selon eux, ils n’ont pas profité des redevances forestières annuelles. En effet, le chef du village déclare que bien qu’ils aient demandé la construction d’une école et d’un centre de santé pour le village, cela ne leur a pas été accordé. Le nouveau représentant du village désigné dans le comité de gestion des redevances forestières se plaint du fait qu’il est difficilement écouté pendant leurs réunions même avec son français approximatif comme il le dit.

Site minier de Diamant de C&K à Mobilong |
Même si la majorité des études ont conclu que les redevances forestières annuelles n’ont en général pas menées à un développement social et économique significatif dans les communautés locales de Yokadouma, la situation des pygmées est particulière parce qu’ils sont les moins respectés et souffrent plus de l’exploitation des ressources naturelles de leurs terroirs. En plus, le Cameroun a choisi d’ouvrir son secteur minier aux projets miniers industriels dont la plupart est située proche des colonies de pygmées comme le projet de diamant de Mobilong promu par une compagnie coréenne C&K.
Aucun cadre n’existe au Cameroun pour s’assurer qu’ils tirent tout de même quelques bénéfices de tels projets en dépit des conditions de vie effroyables dans leurs villages. L’expérience amère avec la gestion des redevances forestières annuelles les pousse hors de leur réserve et n’hésitent pas à décharger leur colère maintenant lorsque des questions leurs sont posées à ce propos. C’est pourquoi une campagne de plaidoyer pour une allocation effective des revenus et une gestion au niveau local a été conçue au sein de RELUFA afin que les revenus issus des ressources naturelles puissent contribuer au développement social et économique dans tous les segments des communautés locales sans aucune discrimination. |

RELUFA, BP 1003, Yaoundé, Cameroun, telephone +237 22 21 32 87
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